
Quand le vase vole en éclats de lumière, fresque poétique inspiré par le très beau petit livre À travers les brèches, une histoire d’Emeline Ferron, aux délicates illustrations.
I. Le vase originel dans sa magnificence
Ô temps ! ô souvenirs ! Vase aux courbes d’éternité ! Sur la table des cieux, fièrement tu trônais, Chef-d’œuvre du Très-Haut, miroir de l’innocence, Adam et Ève unis, beautés de Providence.
Dans l’Éden florissant où chantait l’espérance, Tes flancs purs reflétaient la divine semence, Promis aux plus doux nectars, aux parfums les plus beaux, Temple de Jéhovah dans l’argile nouveau.
Mais hélas ! ô malheur ! que sont ces heures bénies ? Le serpent a glissé ses noires calomnies, Et d’un souffle infernal te fit choir et voler En mille éclats perdus, hymne brisé, volé.
II. Brisement et gémissements
« Pourquoi, Dieu de mes pères, cette maladie immonde Qui courbe mon échine et me jette au rebord ? » « Pourquoi m’as-tu ravi l’époux que j’aime encore ? » « Pourquoi ce couple en guerre où l’amour se morfond ? »
Ainsi se lamentait le vase en mille éclats, Fragments éparpillés que la nuit emporta. Les courbes de jadis ont laissé place au fer, Aux arêtes cruelles de ce monde infernal.
Pierre, l’apôtre ardent aux serments superbes, Pleure, reniant trois fois le Maître des gerbes. Et Jérémie aussi, prophète inspiré, Maudit dans les ténèbres son sort ulcéré.
III. Divin Consolateur aux mains sanglantes
Mais voici que descend du trône éternel Celui qui console, le Maître au cœur de flamme ! Il entre dans la chambre, bon Samaritain, Son regard ne fuit point les blessures de l’âme.
Il ramasse avec soin chaque tesson brisé, Ses mains divines saignent, déchirées par l’amour. Ô mystère de grâce ! ô divine folie ! Il souffre pour guérir notre mélancolie.
Tel le père du fils prodigue égaré, Pierre ! Pierre ! M’aimes-tu ? murmure-t-il trois fois. Il restaure le vase avec sa patience, Miracle permanent de sa Providence.
IV. Lumière mystique dans nos fêlures
Qu’importent désormais les nobles contours ? Mais hélas ! pauvre vase, te voilà bien fêlé ! Alors le Maître sage, en ton creux désolé, Place une humble chandelle au feu jamais lassé.
Sa flamme vacillante danse en ton intérieur, “Je suis la Lumière !” dit le divin Sauveur. Ô merveille ! soudain tu découvres ton âme, Plus beau qu’aux premiers jours rayonne cette flamme !
“Voyez mes plaies”, dit le Crucifié, “Touche mes mains, Thomas, elles sont ma couronne.” Trésor dans vase d’argile, mystère des élus ! Tes failles sont fenêtres où Sa grâce rayonne.
V. Sublimation des âmes consolées
Le Maître fut brisé, Il porte Ses stigmates, Nos cicatrices d’or deviennent témoignage. Joseph console ses frères : “Dieu était là ! Il change tout en bien dans l’esclavage.”
Paul, l’apôtre choisi, crie aux Corinthiens : “Ma détresse passée est votre réconfort ! J’ai connu l’épreuve et les maux anciens, Ma grâce te suffit, elle est plus que la mort !”
Car consoler, c’est rendre l’âme entière, Ô communauté sainte des vases rafistolés ! Dorer de lumière la douleur première, Consoler les brisés par l’amour révélé.
VI. Hymne final à la grâce réparatrice
Que Dieu fasse de nos faiblesses Le trône brillant de Sa lumière ! Qu’au creux des brèches et détresses Sa grâce éclate offerte à la terre !
Que nos vies marquées de fêlures Deviennent vitraux pour Sa clarté, Et qu’ainsi par nos brèches pures Tous contemplent Sa majesté !
Amen ! Amen ! Vases de glaise, Vous êtes les élus de l’univers ! Dans vos cœurs que l’amour apaise, À travers vos brèches vers les cieux !
« Ma grâce te suffit, car ma puissance atteint son but dans ta faiblesse. » — 2 Corinthiens 12.9