Par Rachel Allord1. Traduit et republié avec permission. Article original : Confessions of a Cultural Misfit, publié sur A Life Overseas.

Ce matin-là, je ne m’étais pas réveillée en me disant que j’allais enchaîner trois bévues en l’espace de quelques minutes… Bim ! Bam ! Boum ! Pourtant, c’est exactement ce que j’ai fait. J’avais encore échoué. Échoué à trouver ma place dans mon nouveau décor londonien. J’avais beau m’appliquer, redoubler d’efforts, je dénotais quand même… comme un canard ai milieu d’un étang de cygnes.
Ma famille et moi vivions à Londres depuis quelques mois lorsque j’ai enfin eu l’occasion de m’investir dans ce qui ressemblait à un vrai ministère. Pas seulement apprendre à déchiffrer le dédale du réseau de transport londonien, naviguer dans les méandres du système de santé publique, ou percer les mystères du système scolaire britannique — autant de tâches qui exigeraient temps, énergie et prière. Mais un vrai ministère. Ce matin-là, je devais rencontrer deux femmes de l’Église pour organiser un prochain événement d’évangélisation.
Nous avions convenu de nous retrouver chez l’une d’elles. En sortant de chez moi, vêtue d’un jogging noir et serrant mon thermos de café fraîchement préparé, j’ai senti poindre une lueur d’espoir. Peut-être qu’on y arrivait. Peut-être que le chaos lié à notre installation à l’étranger commencerait à se dissiper.
À l’époque, Citymapper était mon meilleur ami. Tandis que je me dirigeais vers la bonne adresse, je suis tombée sur l’autre femme, elle aussi en chemin. Nous avons échangé des salutations, puis les banalités de rigueur sur la météo. Ensuite, elle m’a demandé :
— Vous sortez de la salle de sport ?
— Non, ai-je répondu. (Avais-je l’air en sueur, ou essouflée ?)
— Ah, donc vous comptez y aller après notre réunion ?
— Euh… non plus.
Ma confusion a viré en quelque chose qui ressemblait à de la défensive.
— Oh, je croyais juste que…
Son regard s’est posé vers mes jambes.
J’ai regardé mon jogging. Avais-je bien enfilé ma paire propre, ni trop serrée ni trop ample ? Oui. Ouf !
Elle sourit :
— Moi, d’habitude, je porte un jean, le samedi.
Y avait-il un sous-entendu derrière ces mots ? Un indice sur ce qu’une femme de mon âge, dans ce quartier précis, devrait porter ? Ou étais-je en train de dramatiser ? J’ai haussé les épaules, esquissé un sourire :
— Je crois que j’aime m’habiller confortablement le samedi.
Un instant plus tard, notre hôtesse a ouvert la porte pour nous accueillir :
— Oh !, dit-elle, surprise mais souriante, les yeux fixés sur mon thermos. Vous avez apporté votre propre café, à ce que je vois. J’aurais pu vous préparer une tasse, vous savez !
L’avais-je vexée ? Avais-je laissé entendre que son café n’était pas assez bon pour moi ? Est-ce que je jouais les Américaines trop indépendante et mal élevées alors que je voulais seulement lui éviter de se donner du mal ?
Nous nous sommes installées dans le salon. Elles avec leurs tasses de thé, moi avec mon énorme café, ma tenue se sport et une honte qui montait.
Une heure plus tard environ, alors que nous commencions à ranger nos affaires, j’ai réalisé qu’il me fallait un mouchoir. Nous étions toutes debout à ce moment-là. Les deux femmes continuaient à parler, alors je me suis glissée dans la pièce voisine, la salle à manger, et j’ai pris un mouchoir dans la boîte bien en vue sur la table.

La conversation s’est interrompue, j’ai regagné ma place. Elles m’ont regardé avec curiosité avant de reprendre. Mais j’ai vu ce petit regard complice, entre elles. Un silence un peu trop long. Je ne voulais pas vous interrompre ! avais-je envie de protester. Comment pouvais-je savoir qu’en tant qu’invitée pour la première fois dans la maison d’une quasi-inconnue, j’aurais dû demander ?
Bévue numéro trois. Oh, comme j’avais hâte de partir !
Huit ans ont passé depuis.
Aujourd’hui, ces deux femmes sont des connaissances amicales et je comprends que leurs remarques et leurs réactions étaient des réactions spontanées sur le moment, non des piques délibérées. Essayaient-elles de m’indiquer les règles de politesse et les codes culturels ? Peut-être. Mais n’était-ce pas une bonne chose, au fond ? N’avais-je pas envie de m’adapter ? N’avais-je pas besoin d’un peu d’instruction, même si cela m’avait semblé tatillon ?
Nous sommes tout humains seulement. Qu’on pointe nos faux-pas, même minimes, cela fait mal, surtout si nous faisons de notre mieux pour tenir debout dans un monde chaotique. Les premiers mois, nous sommes aussi sensibles qu’un coup de soleil. Nous avons besoin d’énormes quantité de grâce, envers nous-mêmes et les autres. Grâce que nous n’offrons pas toujours, et que nous ne recevons pas toujours non plus. Sous toute cette gêne et cette confusion culturelle, une question émerge : devons-nous changer pour entrer dans le moule ?
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Renoncer au jogging et au thermos, c’est assez facile. Mais qu’en est-il de notre manière de vivre en société ? De notre manière de servir ? De diriger ? D’élever nos enfants ? Nous sommes appelés à mourir à nous-mêmes, à « nous faire tout à tous pour en sauver quelques-uns », mais est-ce au prix de perdre complètement notre identité ? De devenir quelqu’un que nous ne sommes pas ?
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Chaque contexte, chaque ministère et chaque personne sont différents, sans compter qu’ils ont tous leurs failles. Il n’existe pas de solution parfaite valable pour tous. Il existe, en revanche, Jésus qui est parfait, et c’est vers lui que nous nous tournons.
Jésus qui « s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux hommes » (Philippiens 2.7). Jésus qui a chaussé des sandales et pris un corps qui avait besoin de nourriture et de sommeil. Jésus qui s’est abaissé pour parcourir nos rues poussiéreuses, s’humiliant jusqu’à la mort afin que nous puissions un jour marcher sur ses rues dorées. Voilà vers quoi nous fixons notre regard.
Pourtant, dans cette humilité absolue, Jésus n’a jamais oublié qui il était : un avec le Père. Oui, il a renoncé à la gloire, mais jamais il n’a vacillé dans ce que nous pourrions appeler « son identité ». Il a partagé la table du pécheur sans partager son péché. Dans une dépendance parfaite envers le Père, il a prié avec humilité, autorité et franchise.
Il était doux, humble et compatissant. Il a saisi la bassine d’eau et la serviette. Il a tendu l’autre joue. Il a renversé les tables pour l’honneur de son Père et s’est soumis mille fois pour la personne à ses côtés, avant de mourir pour le monde entier.
Certains missionnaires affrontent le martyre. Tous affrontent de petites morts sous diverses formes. Nos droits, nos façons de faire les choses, nos attentes s’éteignent, l’un après l’autre. Et ce qui surprend peut-être davantage, c’est la joie que nous trouvons dans ce lâcher-prise.
Nous ne sommes pas Jésus. Nous tombons là où Dieu nous a essaimé. Nous n’avons pas la même gloire à abandonner. Nous ne pouvons pas sauver, mais nous portons son salut, en le présentant, personne après personne, pays après pays, partout où nous allons.
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Par Jésus, nous savons qui nous sommes, pourquoi nous sommes ici et où nous allons. Grâce à Jésus, nous prions avec audace et humilité. Il nous pousse doucement à déposer ce que nous serrons si fermement dans nos mains. À saisir la bassine d’eau et la serviette. À mourir à nous-mêmes, peu à peu, en attendant la gloire.
- Avez-vous, vous aussi, un souvenir de « bévue culturelle » qui vous a semblé humiliant sur le moment, mais qui est devenu une leçon de grâce avec le recul ?
- Comment trouvez-vous l’équilibre entre « mourir à vos habitudes » et « rester vrai » dans votre identité en Christ lorsque vous servez dans un nouveau contexte ?
- Selon vous, pourquoi est-il si difficile pour nous d’accepter d’être des « inadaptés » alors que Jésus lui-même a vécu cette condition sur terre ?
- Rachel Allord sert à Londres, au Royaume-Uni, et écrit des romans pour les jeunes comme pour les adultes. The Girl and the Green Hat (la suite de The Girl on the Tube) vient de paraître chez 10 Publishing. Vous pouvez découvrir tous ses livres sur http://rachelallord.com. ↩︎