
L’Europe décline spirituellement : et si nous avions creusé sa tombe avant de vérifier son pouls ?
Pendant des décennies, on nous a servi le même refrain. Les Églises se vident. La culture se sécularise. La foi finira au musée. Beaucoup de croyants ont fini par avaler ce récit de déclin. Ils ont développé un réflexe d’auto-défense, une forme de timidité culturelle.
Puis le rapport britannique « Quiet Revival », qui annonçait un retour des jeunes à l’Église, a été retiré. Fin de l’histoire ? Le journaliste britannique Justin Brierley répond non. Dans le premier épisode de la saison 3 de son podcast The Surprising Rebirth of Belief in God, il aligne dix signes. Son titre : « Not Dead Yet: 10 reasons the rebirth is alive and well ». Nous assistons peut-être aux prémices de ce que le missiologue Jim Memory appelle un état « pré-réveil ».
Voici dix signes. Certains sont solides. D’autres demandent de la prudence, et je le dis quand c’est le cas.
1. En France : un record de baptêmes d’adultes
Oubliez l’image d’une foi résiduelle, réservée aux personnes âgées. À Pâques 2026, 13 234 adultes ont été baptisés, soit 28 % de plus qu’en 2025. Avec les adolescents, on atteint 21 386 baptêmes. En dix ans, le nombre d’adultes a plus que triplé.
Les 18-25 ans forment la tranche la plus nombreuse : 42 %.
Sources : Conférence des évêques de France · RCF
2. Au Royaume-Uni : les adolescents croient et prient davantage
Youth for Christ [Jeunesse pour Christ] a interrogé plus de 1 000 jeunes de 11 à 18 ans. Elle compare avec 2016. La croyance en Dieu progresse de 16 %. La prière, de 12 %.
Attention : ce n’est pas la fréquentation des Églises. Sur ce point, l’enquête nationale British Social Attitudes ne voit pas de hausse. Les jeunes cherchent, ils ne remplissent pas encore les bancs.
Sources : Evangelical Alliance · NatCen
3. Dans les Églises évangéliques britanniques : une croissance mesurable
Le rapport Changing Church, de l’Alliance Évangélique britannique, a interrogé 305 responsables d’assemblées. Leur assistance a augmenté de 13 % en moyenne depuis janvier 2020. Ces mêmes Églises annoncent deux fois plus d’engagements à suivre Jésus qu’en 2021.
Nuance honnête : les grandes Églises grandissent, les petites reculent.
Sources : communiqué · analyse détaillée
4. Bibles et musique de louange : des records
Aux États-Unis, 2025 marque un sommet sur 21 ans : 19 millions de Bibles vendues. Au Royaume-Uni, les ventes atteignent leur plus haut niveau jamais enregistré.
Côté musique, Spotify annonce que le genre chrétien et gospel a crû de 30 % en un an, aux États-Unis comme dans le monde.
Sources : Publishers Weekly · Gospel Music Association
5. La Génération Z : moins athée que ses aînés
Le cliché du jeune Occidental antireligieux vacille. Un sondage OnePoll auprès de 10 000 Britanniques compte 13 % d’athées chez les moins de 25 ans. Ils sont un quart chez les 45-60 ans, et 20 % chez les baby-boomers.
Ces jeunes sont plus « spirituels ». Pas forcément plus chrétiens. Un observateur critique rappelle d’ailleurs que le sondage a été conçu pour faire du bruit.
Sources : The Independent · Church Mouse
6. Aux États-Unis : les jeunes hommes reviennent
Historiquement, la pratique religieuse était majoritairement féminine. Selon Gallup, 40 % des jeunes hommes de 18 à 29 ans vont au culte au moins chaque mois. C’est 7 points de plus en deux ans.
Prudence : ce sont des données américaines. Et l’institut PRRI ne parvient pas à reproduire cette hausse.
7. En Scandinavie : des fissures dans le modèle séculier
On les présentait comme l’avant-garde d’un monde sans Dieu. Pourtant, au Danemark, davantage d’adolescents se font baptiser avant leur confirmation. En Norvège, les nouvelles inscriptions de jeunes adultes augmentent. En Finlande, la croyance monte chez les jeunes qui préparent la confirmation.
Cela reste minoritaire, car le nombre de membres de l’Église danoise continue de baisser. Ce ne sont pas des foules, mais des fissures.
Sources : NordiskPost, Danemark · NordiskPost, Europe du Nord
8. Le football d’élite : la foi sans complexe
Bukayo Saka, l’ailier d’Arsenal et de l’Angleterre, dit lire sa Bible chaque soir. Même pendant un Mondial. Il explique que cela lui donne confiance : « Dieu me soutient », en substance.
Cette anecdote ne fait pas une statistique, mais elle brise un tabou de la culture populaire, devant des millions de spectateurs.
Sources : Premier Christianity · Premier Christian News
9. Un champion de Ninja Warrior raconte sa foi
L’épisode donne la parole à Ben Polson. En 2020, il est devenu le premier champion de l’émission Australian Ninja Warrior. Il y raconte comment il a trouvé la foi.
Un sportif au sommet de sa forme, sous les projecteurs, qui parle de Dieu. Le témoignage ne prouve rien à lui seul. Il montre que le sujet ne fait plus rire tout le monde.
Sources : Nine for Brands · Instagram de Ben Polson
10. La soif d’un christianisme « full-fat »
L’expression vient du journaliste Dan Hitchens. Selon lui, les communautés qui croissent le plus en Grande-Bretagne sont celles qui affirment les positions doctrinales les plus nettes. Pentecôtistes, orthodoxes, anglicans de tradition catholique, catholiques traditionnels.
Le christianisme allégé ne séduit pas. Le christianisme entier, si.
Sources : Christian Today · Patheos, sur l’article de Hitchens
De « post-chrétienne » à « pré-réveil » : notre regard doit changer
Face à ces signes, la formule de Jim Memory prend tout son sens : l’Europe n’est plus post-chrétienne, mais en pré-réveil.
Attention : pré-réveil, ce n’est pas encore réveil. Même Elizabeth Oldfield, voix respectée de la scène chrétienne britannique, répond « je pense que non » quand on lui demande si nous vivons un réveil. Le pré-réveil européen vient, mais on ne connaît pas l’heure.
Le matérialisme consumériste et le « Nouvel Athéisme » des années 2000 promettaient l’émancipation. Ils ont produit une épidémie de solitude, d’angoisse existentielle et de désenchantement. Nos contemporains ont soif de repères, d’espérance solide et de transcendance.
Le plus grand obstacle n’est plus l’hostilité de la société. C’est peut-être notre propre complexe d’infériorité, à nous, chrétiens. Nous croyions défendre une forteresse assiégée. Nous regardions, en réalité, un champ en friche, prêt à être ensemencé.
L’Église ne peut pas se contenter de gérer le déclin. Formons-nous avec discernement, audace et profondeur et accompagnons cette génération en quête de vérité.
- Qui, autour de vous, pourrait faire partie de ces dix signes sans que vous le sachiez : un collègue, un voisin, un jeune de votre quartier ? Que lui proposerez-vous cette semaine : un café, une invitation, une simple question sur ce qu’il croit ?
- Selon vous, lequel de ces dix signes est le plus prometteur ? Ou au contraire, lequel accueillez-vous avec le plus de scepticisme ?