Au-delà de la contextualisation : les nouveaux défis de la mission

Un commentaire de la revue Global Missiology, Vol. 23, n° 1, de janvier 2026.

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Imaginez un instant devoir choisir entre l’amour de votre famille et votre foi en Christ. Ou réaliser, après des décennies, que la façon dont l’Évangile a été prêché dans un village a accidentellement détruit son tissu social. Annoncer l’Évangile dans une autre culture, ce n’est pas juste traduire des mots, c’est faire l’interface entre deux mondes.

C’est exactement là qu’intervient la missiologie. On ne parle pas d’une discipline réservée aux intellos enfermés dans des bibliothèques : la missiologie est le cœur battant de la mission de Dieu. Elle façonne la manière dont nous comprenons les cultures pour que l’Évangile puisse y prendre racine profondément, sans être perçu comme une religion étrangère ou destructrice.

Le dernier numéro de Global Missiology de janvier 2026 offre une fenêtre fascinante sur les lignes de front de la mission mondiale. Si votre Église s’intéresse à l’évangélisation des peuples sans accès à l’Évangile, ce numéro est une lecture incontournable. Il nous emmène de Taïwan à l’Afrique, en passant par le monde musulman, pour nous montrer comment Jésus-Christ « se fraie un chemin » dans les cultures les plus complexes.

Au-delà de l’adaptation : quand Jésus accomplit la culture

L’un des grands défis de la mission chrétienne a toujours été la « contextualisation », un terme qui suscite parfois des débats passionnés. Certains craignent qu’en adaptant trop le message, on finisse par le diluer (le syncrétisme), tandis que d’autres soulignent l’arrogance d’imposer une culture occidentale sous couvert de théologie.

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A. K. Amberg et Michael T. Cooper proposent une approche rafraîchissante qu’ils nomment le « parallélisme missiologique ». Plutôt que d’essayer d’habiller l’Évangile avec des vêtements locaux, cette approche cherche à discerner comment Dieu travaille déjà dans une culture pour présenter Jésus non comme une alternative étrangère, mais comme la meilleure solution aux aspirations profondes d’un peuple. Jésus est le bon berger qui surpasse tous les modèles humains de leadership.

Cette tension entre fidélité biblique et identité culturelle prend vie de manière poignante dans l’article de Yobaw Taru sur la tribu Atayal à Taïwan. Taru raconte l’histoire du révérend Tali Behuy. Dans les années 1960, fraîchement converti, ce pasteur a brûlé ses vêtements traditionnels, convaincu que sa culture déshonorait Dieu. Pendant des années, sa famille a refusé de participer au Qutux Qniqan, un repas traditionnel de réconciliation, perçu par les premiers missionnaires comme lié aux esprits ancestraux. Résultat ? Leurs proches non-chrétiens se sont sentis trahis et abandonnés, voyant le christianisme comme une force qui détruit la famille.

Lire aussi : l’histoire de Taïwan illustre parfaitement la transition entre la « deuxième » et la « troisième » ères de l’histoire missionnaire

Or, plus tard, en enseignant le 5e commandement (« Honore ton père et ta mère »), le révérend Behuy a eu une révélation. Il a cherché à redéfinir ce repas de réconciliation à travers le prisme théologique de la Sainte Cène. L’idée est de conserver la forme culturelle de la réconciliation (le repas), mais de remplacer la médiation des esprits par la présence unificatrice de Christ. Alors, certes, cette démarche soulève des questions techniques et de potentielles polémiques sur le risque de syncrétisme avec l’Église institutionnelle, mais elle pose la question missionnaire par excellence : comment un croyant peut-il rester pleinement fidèle à la Bible tout en honorant sa culture d’origine ?

Le prix de la foi : survivre à la pression communautaire

Cette même déchirure relationnelle est le plus grand obstacle pour les croyants d’origine musulmane (MBB, muslim background believers). Une étude fascinante menée par Gordon Bonham, Gene Daniels et Sara Hewitt vient briser un mythe tenace. Alors que d’anciennes rumeurs affirmaient que la grande majorité des musulmans convertis retournaient à l’islam, cette enquête révèle que seulement environ 7 % d’entre eux renient véritablement Christ pour retourner à l’islam.

Cependant, beaucoup « disparaissent » des radars de l’Église. Pourquoi ? En lisant l’étude, vous apprendrez qu’un homme converti se réjouissait venir à l’Église, jusqu’au jour où sa femme musulmane a menacé de demander le divorce et de lui enlever ses enfants s’il continuait. Faisant le terrible calcul pour préserver sa famille, il a cessé de fréquenter l’Église. Mais dans le secret de son cœur, il n’a pas renié sa foi. Il envoie toujours des messages aux chrétiens pour qu’ils prient pour le salut de sa famille.

L’étude souligne un point crucial pour quiconque s’engage dans la mission : le besoin absolu de créer des communautés spécifiques pour ces croyants. Accueillir un disciple d’arrière-plan musulman dans une Église de culture occidentale (ou traditionnelle locale) crée souvent un fossé culturel infranchissable. Leur survie spirituelle dépend de la fraternité avec d’autres croyants ayant le même arrière-plan.

La mort, les esprits et la vérité qui libère

La revue nous transporte ensuite en Afrique, explorant les visions de la mort et du monde spirituel. Amos B. Chewachong contraste la vision clinique et aseptisée de la mort en Occident avec la cosmologie africaine, où la mort est une transition vers le statut d’ancêtre. Il raconte une anecdote intime : lors des funérailles de son propre père au Cameroun en 2021, sa mère a réuni les dix frères et sœurs. Elle ne leur a pas seulement demandé de pleurer, mais de relâcher toute colère ou haine entre eux, « afin que votre père puisse partir en paix, et que nous puissions vivre en paix ». La mission doit comprendre que dans ces cultures, les rituels funéraires sont des outils de réconciliation sociale profonde.

Pourtant, ce monde spirituel a aussi sa part d’ombre. Jim Harries, dans un article sur l’art des sorciers en Afrique, explique comment l’économie de la sorcellerie repose sur l’envie. Les gens paient des sorciers pour infliger des malheurs à ceux qu’ils jalousent, tirant un sentiment de bien-être (une « utilité ») de la souffrance des autres. L’impact de l’Évangile ici est radical : le sacrifice parfait de Jésus sur la croix annule le besoin de faire souffrir les autres pour prospérer. Jésus apporte une paix véritable qui détruit la tromperie et la paranoïa sur lesquelles prospèrent les sorciers.

Lire aussi : Pour que l’Évangile s’enracine, nous avons besoin de sortir d’une vision centrée sur l’Occident et de collaborer davantage avec les leaders des pays du Sud.

Pourquoi cela vous concerne-t-il, vous et votre Église ?

À la lecture de ce numéro de Global Missiology, une évidence s’impose : l’œuvre missionnaire est bien plus complexe et magnifique que la simple distribution de tracts. La missiologie est l’outil que Dieu utilise pour incarner son amour dans les recoins les plus profonds de l’identité humaine.

Si votre Église désire s’impliquer dans l’envoi de missionnaires ou le soutien de l’Église persécutée, la lecture de cette revue est un excellent point de départ. Elle vous évitera des erreurs coûteuses et enrichira vos prières.

Lire aussi : Ces récits de terrain confirment les tendances observées dans le dernier rapport 2026 sur le basculement de l’Église vers le Sud et l’Est.

Que ferez-vous de ce que vous venez de lire ?

  1. Lisez le numéro sur globalmissiology.org. Imprégnez-vous des réalités du terrain.
  2. Découvrez la missiologie et intégrez-la dans la formation des leaders de votre Église. Suivez la formation de disciple Perspectives sur le mouvement chrétien mondial. Elle élargira votre compréhension de Dieu, de son dessein mondial et de la place que vous pouvez y occuper.
  3. Engagez-vous : priez pour les croyants isolés qui subissent la pression de leur famille, soutenez financièrement ceux qui traduisent l’Évangile dans ces contextes difficiles, ou préparez-vous vous-même à partir pour la mission pionnière.

L’Évangile est universel, mais son expression est magnifiquement locale. Embrassons pleinement cette vision, personnellement et comme Église.

Selon vous, jusqu’où peut-on aller dans l’adoption de rites culturels locaux pour exprimer l’Évangile sans risquer de diluer le message biblique ?

Comment nos Églises francophones peuvent-elles devenir de véritables familles de substitution pour ceux qui perdent tout en suivant Jésus ?

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