Les agences missionnaires existaient déjà dans la Bible

Phare et silex

Découvrez les racines bibliques profondes des agences missionnaires.

Les agences missionnaires sont-elles une invention moderne, une structure “para-ecclésiale” sans fondement biblique réel ? Certains théologiens considèrent ces organisations comme une innovation humaine, absente du modèle de l’Église primitive, présente dans le Nouveau Testament.

Mais si le modèle de l’agence missionnaire était en fait “caché à la vue de tous” dans les pages des Écritures ? Et s’il était directement inspiré des structures juives du premier siècle (souvent négligées) ?

Cette vidéo explore les fondements bibliques des agences missionnaires à travers l’étude des structures juives du Nouveau Testament. Elle fait la synthèse de quatre articles que Robert Blincoe a publié sur le fondement biblique des agences missionnaires.

  1. A Biblical Basis for Mission Agencies (1st of 4): Jewish Mission Societies in the New Testament
  2. A Biblical Basis for Mission Agencies (2nd of 4). Jesus Christ and His Missionary Band as a Type of Jewish Hevrah.
  3. A Biblical Basis for Mission Agencies (3rd of 4): Pharisees were a Type of Jewish Hevrah.
  4. A Biblical Basis for Mission Agencies (4th of 4): Early Christians Adapted the Synagogue and Hevrah to Organize Congregations and Missionary Bands

Ce que raconte cette vidéo

En plus de la synagogue, il existait une autre structure : la hevrah

Nous connaissons tous la synagogue, qui occupe une place centrale dans le Nouveau Testament. Mais ce même Nouveau Testament met en lumière une seconde structure, moins connue mais tout aussi importante : la hevrah.

Une hevrah peut être définie comme une “confrérie d’hommes juifs qui se sentaient appelés par Dieu à faire une différence dans le monde par leurs actions”. Loin d’être un phénomène isolé, c’était un modèle d’organisation courant. Les Zélotes, les Esséniens, les disciples de Jean-Baptiste et même les “fils de Scéva” mentionnés dans le livre des Actes étaient tous des exemples de hevrot (pluriel de hevrah), chacun avec son propre objectif.

Pour comprendre la différence, on peut utiliser une analogie simple :

  • La synagogue est comme un phare pour la communauté. C’est une structure stable, un lieu de rassemblement où l’on adore Dieu, lit les Écritures et reçoit un enseignement.
  • La hevrah est comme un silex. C’est une structure mobile, une équipe organisée pour aller “dans les ténèbres”, pour voyager et allumer de nouveaux feux pour Dieu.

L’historien Israel Goldman souligne l’importance de cette structure dans la vie juive :

Dans toutes les communautés juives, depuis l’époque biblique jusqu’au 19e siècle, la hevrah – une société dûment constituée pour la promotion de certains objectifs professionnels, caritatifs, religieux ou éducatifs spécifiques – était l’unité la plus importante d’association volontaire. Ces Havurot ont été fondées partout où il y avait des Juifs.

Du point de vue du premier siècle, Jésus était un rabbin avec sa hevrah.

Lorsqu’un Juif du premier siècle voyait Jésus arriver dans une ville comme Capharnaüm, accompagné de ses douze disciples, il n’aurait pas vu une entité étrange ou nouvelle. Il aurait immédiatement identifié “un rabbin avec sa hevrah”.

Jésus a incarné cette double dynamique. Il a brillamment utilisé les deux structures à sa disposition. Il fréquentait la synagogue “selon sa coutume” (Luc 4.16), honorant ainsi la structure établie du phare communautaire. Mais il a aussi délibérément forgé un silex mobile – ses disciples – pour voyager et accomplir sa mission sur le terrain.

Le caractère missionnaire de cette hevrah est évident. Jésus a conduit son groupe bien au-delà des frontières d’Israël, dans des régions non juives comme Tyr, Sidon, Gergésa et la Samarie. Il a fait de la “Galilée des Gentils” sa base d’opérations, démontrant que sa mission était destinée à être une “lumière pour les Gentils”.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les Pharisiens étaient la hevrah la plus zélée de leur temps.

Souvent dépeints négativement dans les Évangiles, les Pharisiens étaient en réalité la hevrah la plus importante du premier siècle, et ils étaient activement engagés dans une mission de conversion.

Lorsque Jésus leur reproche de “parcourir la mer et la terre pour faire un seul prosélyte” (Matthieu 23:15), il ne s’agit pas, selon le spécialiste Jonathan Brumberg-Kraus, d’une simple hyperbole. C’était une description littérale de leur zèle missionnaire. Il est crucial de noter que leur mission visait principalement à convertir d’autres Juifs à un mode de vie plus strict et observant de la Torah, un peu comme les Juifs Loubavitch aujourd’hui qui cherchent à ramener les Juifs non pratiquants à une vie plus observante.

Leur “stratégie de conversion” était un modèle de silex bien rodé :

  1. Former une équipe mobile (hevrah).
  2. Se rendre dans les synagogues pour demander la permission de parler.
  3. Après leur discours, inviter les personnes intéressées à un repas pour leur montrer concrètement leurs pratiques de pureté rituelle et de dîme.

Ce modèle ne devrait pas nous surprendre, car c’est exactement le modèle que l’apôtre Paul, formé en tant que Pharisien zélé, a maîtrisé avant de le réorienter radicalement pour la cause de l’Évangile. Il formait des équipes missionnaires, se rendait d’abord dans les synagogues, mais le contenu de son message et le but de sa mission étaient radicalement différents : tout était centré sur la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Il a pris la forme du silex pharisien, mais l’a rempli du feu de l’Évangile.

L’Église primitive n’a rien inventé, elle a adapté des schémas fonctionnels qui existaient déjà.

Les premières structures chrétiennes ne sont pas apparues ex nihilo. Les disciples n’ont pas inventé les structures missionnaires, mais ils ont simplement adapté les deux modèles juifs qu’ils connaissaient bien, formalisant ainsi une stratégie à deux volets :

  • La synagogue est devenue le prototype de l’église locale, l’ekklesia : un phare stable pour les hommes, les femmes, les jeunes et les anciens.
  • La hevrah est devenue le prototype des bandes missionnaires chrétiennes : un silex mobile et spécialisé comme l’équipe de Paul, Barnabas et leurs compagnons.

Le missiologue Ralph Winter, le fondateur de la formation Perspectives sur le mouvement chrétien mondial, a popularisé ce principe en citant le concept d'”équivalence dynamique” (dynamic equivalence) de Charles Kraft. L’idée est que le Nouveau Testament ne nous donne pas des formes précises et rigides à répliquer pour l’éternité, mais plutôt des schémas fonctionnels que nous devons adapter intelligemment à chaque nouveau contexte culturel et historique.

Comme l’écrit Winter :

Il s’agit d’affranchir tous les futurs missionnaires de la nécessité de suivre les formes précises de la synagogue juive ou du groupe missionnaire juif, tout en leur permettant de choisir des structures autochtones comparables dans les innombrables situations nouvelles qui se présenteront à travers l’histoire et à travers le monde.

Phares et Silex pour la mission d’aujourd’hui

Loin d’être une invention moderne, le modèle de l’agence missionnaire a des racines bibliques profondes, qui remontent à la hevrah juive du premier siècle. Le Nouveau Testament nous présente un modèle missionnaire à deux structures, toutes deux voulues par Dieu et essentielles à l’avancement de son Royaume : l’église locale (le phare), stable et communautaire, et la bande missionnaire (le silex), mobile et pionnière.

Ce modèle à deux structures n’est pas un accident de l’histoire, mais une stratégie divine et résiliente qui assure à la fois la profondeur des racines (le phare) et l’étendue de la portée (le silex).

La prochaine fois que vous penserez à la mission, souvenez-vous de ces deux structures. Et posez-vous la question : sachant que Dieu utilise à la fois des “phares” stables et des “silex” mobiles, comment cela devrait-il changer notre façon de penser, de prier et de soutenir sa mission dans le monde aujourd’hui ?

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