Nouveau numéro de « Missiologie évangélique » : la missiologie nous concerne tous

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Imaginez que vous tentez d’expliquer le pardon à quelqu’un qui croit que restaurer une relation est plus important que de rembourser une dette. Ou songez à partager l’Évangile avec un ami qui trouve plus d’amour inconditionnel dans son golden retriever que dans n’importe quelle communauté humaine. Ce ne sont pas des énigmes abstraites ; ce sont les défis de première ligne de la mission de Dieu aujourd’hui, et c’est exactement ce que le champ de la missiologie explore.

On a tendance à reléguer la missiologie au rayon des disciplines poussiéreuses, réservées à quelques spécialistes barbus. C’est dommage. Parce qu’en vrai, c’est une invitation vibrante à saisir comment Dieu agit, ici et maintenant, et comment nous pouvons nous joindre à son œuvre. Le dernier numéro de Missiologie évangélique en témoigne brillamment. Loin du recueil théorique qu’on pourrait craindre, il se révèle être une véritable boîte à outils pour tous les chrétiens désireux de participer à la mission.

Détails de la revue

  • Revue : Missiologie évangélique
  • Numéro : Vol. 13, n° 2, 2025
  • Éditeur : Réseau de missiologie évangélique pour l’Europe francophone (REMEEF)

Damien Wary, dans son éditorial, nous lance ce défi : « élargir notre horizon missiologique » et cultiver une « saine curiosité ». Suivons-le. Quatre articles nous attendent, qui dessinent ensemble un portrait à la fois dynamique et profondément inspirant de la mission de Dieu aujourd’hui.

La mission là où on ne l’attend pas dans la Bible : la généalogie de Jésus, un plan pour les nations

Soyons honnêtes, pour la plupart, la généalogie de Matthieu 1 est un passage à sauter. Une liste de noms imprononçables qu’on survole vaguement. McTair Wall, lui, nous invite à regarder différemment. Selon lui, cette liste n’a rien d’ennuyeux—c’est carrément un « récit fondateur » de la mission de Dieu. Un texte programmatique qui ancre la mission au cœur même de l’Évangile.

Deux éléments-clés le révèlent.

Abraham et David. Ces deux noms ne surgissent pas par hasard. Ils nous ramènent directement aux grandes promesses de l’Ancien Testament : la bénédiction promise à Abraham pour toutes les nations de la terre (Genèse 12.2-3) et la royauté éternelle et universelle promise à David, qui trouve son accomplissement en Jésus (2 Samuel 7). La mission n’est pas une idée qui aurait germé au dernier chapitre de Matthieu. Elle est l’aboutissement du plan de Dieu depuis le commencement.

L’inclusion de femmes étrangères et marginalisées. Les choses deviennent encore plus intéressantes. La généalogie du Messie juif aurait dû être impeccable, vous pensez bien. Pourtant, Matthieu y inclut Tamar et Rahab (deux Cananéennes), Ruth (une Moabite) et la « femme d’Urie » (Bathsheba), probablement une Hittite. C’est une surprise divine. En plaçant ces femmes non-juives, au statut social parfois précaire, dans la lignée du Christ, Dieu montre qu’il a toujours eu l’intention d’inclure les païens et les personnes en marge dans son plan de salut.

Cet article transforme notre lecture de la mission. Elle n’est plus un simple commandement final, mais l’histoire centrale de la foi, le « pourquoi » fondamental de notre engagement dans le monde.

La mission réinventée chez nous : apprendre de nos voisins et atteindre de nouvelles cultures

Ce grand plan divin, universel dans sa portée, exige une incarnation locale. La mission n’est pas un modèle unique à plaquer partout comme un tampon, mais une vérité qui doit trouver sa voix dans nos cultures contemporaines. Deux articles fascinants nous montrent comment le « comment » de la mission découle directement de son « pourquoi » biblique.

Un dialogue pour ranimer la flamme missionnaire

Dans un article audacieux, vraiment, Luc Emmanuel Dupont, curé des paroisses de Villeneuve-d’Ascq, explore comment la compréhension évangélique de l’implantation d’Églises peut contribuer au renouveau missionnaire de l’Église catholique. Il propose un véritable « échange de dons » entre traditions chrétiennes. Il montre que les stratégies dynamiques développées dans les milieux évangéliques peuvent inspirer des Églises plus anciennes à expérimenter de nouvelles formes de communautés.

L’exemple du mouvement Fresh Expressions au sein de l’Église anglicane illustre parfaitement ce propos : en s’inspirant directement de modèles d’implantation évangéliques et de la stratégie interconfessionnelle DAWN, les anglicans ont lancé des centaines de nouvelles communautés missionnaires adaptées à la culture actuelle. Cet article est un appel puissant à la collaboration et à l’humilité : la mission de Dieu est plus grande que nos chapelles. Point.

Parler de Jésus aux amoureux des animaux

D’ailleurs, la mission pionnière ne se déroule pas seulement dans des contrées lointaines. Elle a lieu dans les sous-cultures de nos propres villes [ce que le cours Perspectives nomme « groupes d’affinités » ou « de circonstances »]. L’étude de cas de Mélanie Huckel sur les petlovers (les passionnés d’animaux de compagnie) en est une brillante démonstration.

Elle analyse avec finesse la « vision du monde » de ce groupe en pleine croissance : face à un monde humain perçu comme décevant et source de blessures, l’animal de compagnie devient un modèle d’amour inconditionnel et de non-jugement. Quelle est la réponse missionnaire ? L’Église est appelée à incarner un accueil tout aussi inconditionnel et à développer une théologie de la création qui donne une place juste à toute la nature. Cet article prouve que pour toucher nos contemporains, il nous faut d’abord les comprendre, oui !, avec empathie et sérieux.

La mission aux frontières : comprendre les défis du travail pionnier

Après avoir vu la mission s’adapter à des sous-cultures occidentales familières, la revue nous pousse à franchir des frontières culturelles plus profondes. L’article de Hannes Wiher nous met au défi de passer de la simple empathie à une analyse culturelle rigoureuse, un outil précieux pour équiper l’Église locale à mieux comprendre, prier et soutenir ses missionnaires.

Pour ce faire, Wiher introduit une distinction cruciale. Il dépasse les étiquettes courantes de cultures de « culpabilité » et de « honte » (que vous avez peut-être déjà entendues). À la place, il propose de penser plutôt en termes de cultures à « conscience axée sur la règle » et de celles à « conscience relationnelle ». Les premières se concentrent sur la transgression d’une loi, les secondes sur la rupture d’une relation et la perte de l’harmonie communautaire.

Pour illustrer cela, il raconte l’histoire de Nantènè, une aide-ménagère guinéenne surprise en train de voler de l’argent à ses employeurs missionnaires. Face à la situation, les deux parties se sont complètement mécomprises. Les missionnaires, issus d’une culture à conscience axée sur la règle, attendaient une confession et une réparation (le remboursement de l’argent). La famille de Nantènè, issue d’une culture à conscience relationnelle, a cherché à restaurer la relation brisée en demandant pardon à genoux, un acte visant à rétablir l’harmonie. L’impasse était totale : pour les missionnaires, le pardon exigeait la réparation du vol ; pour la famille, le pardon était la restauration de la relation, rendant la question matérielle secondaire.

Comprendre cette distinction est crucial. Cela nous aide à prier plus intelligemment pour nos missionnaires et à les soutenir avec sagesse, en évitant les jugements hâtifs face à des situations qui dépassent nos propres cadres culturels. Parce que c’est facile de juger quand on ne comprend pas.

La missiologie, une invitation à rejoindre Dieu dans son œuvre

Ce voyage à travers Missiologie évangélique révèle une mission qui est simultanément vaste et intime. Elle commence non par une stratégie, mais par l’histoire même de Dieu tissée à travers l’Écriture (Wall). Cet objectif éternel exige ensuite une traduction soignée dans les langages de nos propres quartiers, que ce soit par un partenariat œcuménique humble (Dupont) ou par un engagement empathique avec les sous-cultures modernes (Huckel). Enfin, elle requiert la sagesse de naviguer dans les profondes différences culturelles qui façonnent notre monde, nous équipant pour soutenir nos partenaires mondiaux avec intelligence et grâce (Wiher).

Le journal va encore plus loin, notamment avec les recensions de Sacha Vang qui explorent les théologies missionnaires contextuelles. Il cite la métaphore percutante de Hwa Yung : le grand défi pour le christianisme asiatique est de ne pas être une « banane » (jaune à l’extérieur, mais blanc à l’intérieur), mais de devenir une « mangue » (authentiquement asiatique de part en part). C’est un défi qui nous concerne tous : comment notre foi peut-elle être authentiquement ancrée dans notre culture tout en restant fidèle à l’Évangile ?

Cette revue n’est pas un simple document à lire. C’est une invitation à l’action. Alors, laissons-nous interpeller.

Comment cette lecture a-t-elle élargi votre vision de la mission de Dieu ?

Quelle est la prochaine étape pour vous ou votre Église ? Lire la revue en entier ? Démarrer un groupe de discussion sur la mission ? Prier différemment pour les missionnaires que vous soutenez ?

La mission de Dieu n’attend pas les experts. Elle se déploie dans nos Bibles, dans nos quartiers et à travers le monde. La seule question qui demeure est : où allez-vous y prendre part ?

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