Religion : porte ou obstacle ? Pourquoi devrions-nous arrêter de « convertir » les gens à notre religion

Cet article est un commentaire de l’article « The Gospel and the World’s Religions » par R. W. LEWIS, publié dans Mission Frontiers 48.1 (janv.-fév. 2026, p. 20-23).

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L’approche traditionnelle de l’évangélisation échoue auprès des peuples sans accès à l’Évangile, mais l’implantation de l’Évangile au cœur des familles, sans rupture culturelle, change la donne missiologique. Comment repenser l’approche des grands blocs religieux (islam, hindouisme) pour une mission qui ne déracine pas, mais transforme.

Le mirage de l’extraction culturelle

Pendant des siècles, la mission chrétienne a perçu les grandes religions mondiales (islam, hindouisme, bouddhisme) comme des citadelles de pierre qu’il fallait assiéger et démolir pour libérer les captifs. On élaborait une sorte d’opération d’extraction : pour suivre Jésus, un hindou ou un musulman devait littéralement « sortir » de son monde pour rejoindre le nôtre. On l’invitait dans nos « stations missionnaires », on lui apprenait nos chants, on l’habillait de nos vêtements, et souvent, on le coupait de sa propre famille.

Résultat ? Un désastre missiologique. R. W. Lewis souligne que cette méthode crée des « Églises-conglomérats »,c’est-à-dire des groupes de personnes déracinées qui finissent par s’effondrer sous le poids de l’isolement social. Ces croyants se retrouvent dans un no man’s land : ils ne sont plus acceptés par les leurs et ne sont jamais totalement intégrés dans la culture occidentale. L’Évangile est censé libérer, pas exiler. Cette approche de confrontation a certes produit des fruits, mais elle a aussi érigé des murs de résistance culturelle presque infranchissables.

Le message de Jésus ne cherche pas à changer notre passeport culturel, mais le trône de notre cœur.

R. W. Lewis nous invite à un changement de regard radical. S’appuyant sur des décennies de réflexion au sein de Frontier Ventures, elle nous pose cette question dérangeante : et si ces systèmes religieux n’étaient pas seulement des barrières, mais des cadres de vie que Dieu veut racheter plutôt que détruire ?

Le concept de « blocs socioreligieux »

R. W. Lewis nous rappelle que pour la grande majorité des non-atteints, la religion n’est pas une opinion privée, c’est une identité globale. La religion est l’oxygène social d’une communauté. Demander à quelqu’un de « quitter sa religion » pour devenir chrétien revient souvent, à ses yeux, à lui demander de cesser de respirer son air natal pour rejoindre un bocal sous vide.

La mission n’est pas une extraction de la culture, mais une infusion de la Grâce dans la structure.

Au lieu de voir l’islam ou l’hindouisme comme des blocs monolithiques d’erreur, nous devrions y chercher les « ponts de vérité » et les structures sociales que l’Évangile peut habiter.

L’Évangile est un message, pas une religion

La thèse de Lewis : « Le message est le levain, pas la pâte ». En d’autres termes, l’Évangile n’a pas besoin de détruire la structure d’une famille ou d’un peuple pour transformer les cœurs. Ralph Winter disait souvent que « les Églises sont déjà là, elles ne connaissent juste pas encore Jésus ». Il faisait référence aux structures familiales et sociétales (les oikoi) qui sont les véhicules naturels de la grâce.

Dans le Nouveau Testament, l’Évangile ne s’est pas propagé par la création d’une nouvelle religion concurrente, mais par une « continuité culturelle ». Les premiers juifs disciples de Jésus restaient juifs. Ils étaient enterrés dans les mêmes cimetières que leurs ancêtres tout en portant les signes de leur foi en Christ. Ils étaient des « gens du Chemin » au sein de leur propre peuple.

Si mon évangélisation crée des orphelins sociaux, je ne prêche pas le Royaume, mais ma culture.

L’Évangile qui « accomplit »

L’article mentionne une anecdote marquante sur la perception de l’Évangile dans les milieux hindous. Souvent, devenir « chrétien » signifie adopter une culture occidentale (manger du bœuf, porter des vêtements étrangers). Lewis plaide pour une approche où le disciple de Jésus reste un insider. Elle cite des exemples où des mouvements vers Christ fleurissent parce que les nouveaux croyants n’ont pas été forcés de renier leur héritage social. Ils ne sont pas devenus « moins » membres de leur peuple, ils sont devenus des disciples de Jésus au sein de leur peuple.

Cela rappelle ce que Timothy Tennent appelle la « théologie de l’accomplissement » : Christ ne vient pas détruire ce qui est beau et vrai dans une culture, il vient lui donner son plein sens.

L’Évangile ne remplace pas la famille naturelle, il la bénit.

Vers une pratique prophétique : « l’effet levain »

Comment cette vision change-t-elle notre pratique ?

  • Personnellement : mes amis d’autres confessions n’ont rien d’une cible à convertir à mon « club religieux ». je veux devenir une « personne de paix » qui apporte la bénédiction au sein de leurs cercles existants. Je veux apprendre à écouter avant de prêcher. Étudier la religion de mon voisin non pour y trouver des failles, mais pour comprendre ce qui donne du sens à sa vie. Cherchez où Christ peut répondre aux aspirations profondes déjà présentes dans sa culture.
  • Pour les responsables de mission : l’idée est de favoriser des approches où les nouveaux croyants restent des témoins au cœur de leurs réseaux sociaux originels plutôt que de les extraire pour les isoler dans des Églises-ghettos.
  • Pour les responsables d’Église : encourageons les nouveaux croyants de contextes non-occidentaux à rester au sein de leur parenté. Apprenons-leur à être « sel et lumière » là où ils sont, plutôt que de les forcer à adopter des styles de culte occidentaux qui les isolent de leur mission naturelle.
  • Pour les groupes de prière : je serais triste de prier « contre » une religion. Je veux apprendre à prier pour que les leaders religieux de ces blocs aient des rencontres avec le Christ vivant, comme Saul sur le chemin de Damas, afin qu’ils emmènent tout leur peuple vers la lumière. Que l’Évangile s’insère comme un levain, notamment chez les musulmans et les hindous de caste, sans que ces derniers ne perdent leur appartenance communautaire.

Un défi pour le monde francophone

Cette approche bouscule notre héritage francophone, souvent très attaché à la laïcité ou à une séparation nette entre « le sacré » et « le profane ». Nous aimons les boîtes claires. Pourtant, dans la majorité du monde sans accès à l’Évangile, la religion est une identité sociale indissociable de la vie quotidienne. Prétendre qu’on peut extraire la « foi » de la « culture » est une illusion occidentale.

  • En Europe (face à l’islam). En France ou en Belgique, la tension sociale est forte. L’approche de Lewis nous appelle à sortir de la peur. Au lieu de voir l’autre comme une menace civilisationnelle, voyons-le comme un membre d’une communauté que Dieu aime. L’hospitalité radicale est le premier pont de l’Évangile.
  • En Afrique francophone. Le défi est souvent celui du syncrétisme. Le « réalisme » de Lewis nous aide à comprendre que l’on ne combat pas les racines spirituelles profondes par de simples interdits, mais par une « allégeance supérieure » à Christ qui remplit le vide laissé par les anciennes pratiques sans détruire l’identité sociale.

Si mon Évangile demande à un homme de cesser d’être le fils de son père, je n’annonce pas la bonne nouvelle, mais un déracinement.

Conclusion : pour une mission de réconciliation

L’approche de R. W. Lewis est un appel à la maturité et à l’amour. Le réalisme social ne diminue en rien l’exclusivité de Christ, il augmente l’efficacité de son message. Si nous voulons voir notre entourage et jusqu’à des peuples-frontière fléchir le genou, cessons de leur demander d’adopter notre culture pour « mériter » le Sauveur.

Dieu utilise les structures qu’il a créées pour sa gloire. La famille, le clan, et la nation ne sont pas des ennemis de l’Évangile, mais les « outres » destinées à recevoir le vin nouveau. Notre défi n’est pas de construire de nouveaux murs religieux, mais de devenir les messagers d’une espérance qui se vit au milieu du quotidien, dans la fidélité à ses racines et la soumission à Christ.

Le Saint-Esprit est capable de racheter les langages, les coutumes et les structures sociales pour en faire des vases d’honneur. La mission n’est pas de créer des copies de nos églises occidentales, mais de voir la gloire de Dieu éclater dans toute la diversité des peuples.

Dieu ne cherche pas des clones culturels, il cherche des cœurs rachetés dans chaque nation.

Passez à l’action ! Cette semaine, engagez une conversation avec une personne d’une autre religion. Ne cherchez pas à argumenter, cherchez à comprendre ce qui compte le plus pour elle dans son identité.

Question : Pensez-vous que nous ayons trop souvent confondu « devenir chrétien » avec « adopter une culture occidentale » ? Comment pourrions-nous aider un ami musulman ou hindou à suivre Jésus tout en restant pleinement membre de sa famille et de sa communauté ? Et vous, êtes-vous prêts à laisser l’Évangile transformer votre culture sans vous en extraire ? Pensez-vous que notre besoin de « clarté religieuse » soit parfois l’obstacle au salut des nations ? Réagissez en commentaire ! Réagissez en commentaire ci-dessous !

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