Par Ted Esler. Article d’origine : Ghosting mission publié le 10/12/2025. Traduit et republié avec permission de l’auteur.

Il y a quelques semaines, je discutais de la place de la mission dans la prédication quand une remarque m’a frappé : « Si une Église daigne organiser un “dimanche missionnaire” (ce qui est rare), ce sera souvent le seul dimanche de l’année où le pasteur invitera quelqu’un d’extérieur à prêcher. La plupart des prédicateurs ignorent le thème de la mission dans leurs prédications ».
C’est vrai.
La grande majorité des pasteurs ne prêchent pas sur la mission. Pourquoi ? Au-delà d’une simple négligence ou de l’ignorance, je vois trois raisons à cela.
1. La prédication textuelle suivie
Je raffole de la prédication textuelle suivie (expository preaching). Nous venons de déménager et recherchons une Église. J’ai un réflexe : je raye de ma liste l’Église dont le prédicateur ne suit pas le texte verset par verset. De toute évidence, c’est mon modèle préféré de prédication. C’est celui qu’on m’a enseigné à l’institut biblique. Une structure à trois points tirés d’un court passage biblique, suivis d’une application finale. On parle alors d’une structure « homilétique » parce ça sonne plus savant que « prédication ». C’était l’un des cours les plus faciles de ma formation : il suffisait de suivre la formule pour obtenir une bonne note.
Nous ne trouvons pratiquement aucun exemple de ce type de prédication dans le Nouveau Testament. Mon professeur avait beau tenter de faire entrer quelques passages dans le moule, cela ne m’a jamais convaincu. Je vais peut-être pousser certains lecteurs à se désabonner, mais je ne crois pas que le modèle néotestamentaire de prédication soutienne le genre textuel suivi, à moins d’un donner une définition très large. Je reconnais des raisons canoniques à cela (nous n’avions pas encore le Nouveau Testament, etc.).
Pourquoi la prédication textuelle nuit-elle à la mission ? Parce que la trame missionnaire de la Bible forme un grand récit. Pour le saisir, il faut partir de la Genèse pour aller jusqu’à l’Apocalypse. Il porte sur la forêt entière, non quelques arbres isolés. La prédication textuelle tend à examiner l’écorce, les feuilles et les racines. Il faut parfois s’élever au-dessus de la canopée pour embrasser l’ensemble. La prédication textuelle ordinaire ne le fait pas. Le message missionnaire se perd alors.
2. La prédication thématique
Le style favori des méga-Églises et des Églises multisite est généralement thématique. Le prédicateur conçoit ses messages autour d’une « série », lui donne un titre accrocheur avec une bande-annonce vidéo, puis décortique un seul sujet sur six semaines. Ces prédications regorgent d’anecdotes, de versets glanés çà et là, et misent fortement sur la pertinence pratique. On y trouve parfois des accessoires ou des mises scène pour illustrer le propos. Les orateurs les plus habiles transforment ces séries en livres complets.
La prédication thématique se révèle parfois nécessaire. Comme la théologie systématique, certains moments justifient qu’un prédicateur se concentre sur un sujet précis. Mais demandez-vous : « Quand ai-je entendu pour la dernière fois une série thématique sur la mission ? ». Cela arrive sans doute, mais rarement. La grande majorité des séries thématiques portent sur des problèmes personnels du quotidien. Elles privilégient rarement la théologie. Comme la plupart des prédicateurs sont avant tout des pasteurs, ils lisent le Nouveau Testament comme un manuel pastoral. Alors même qu’une grande partie du texte a été écrite par des missionnaires à destination de missionnaires. La prédication thématique tend tout simplement à ignorer la mission.
Ces prédications tendent à virer vers des séances de développement personnel chrétien. Ce qui nous amène à la troisième raison pour laquelle la prédication délaisse la mission.
3. L’application
Dans mon cours d’homilétique, le professeur nous apprenait à viser l’application : « Quand vous décollez dans un avion, il vaut mieux savoir où vous allez atterrir ». Autrement dit, une prédication se conçoit à partir de l’application finale. C’est le moment où le pianiste monte discrètement sur scène et entame de doux accords. La prédication textuelle et la prédication thématique mettent toutes deux l’accent sur l’application.
Pour la prédication textuelle, cela pose un vrai problème. Beaucoup de passages de l’Écriture ne sont pas conçus pour être applicables directement. Parfois, la Bible raconte simplement une histoire, transmet des informations cruciales ou invite à contempler la gloire de Dieu. Pourtant, la plupart des sermons textuels parviennent coûte que coûte à en tirer une application.
Les prédications thématiques, eux, sont viscéralement centrés sur l’application. Ces suggestions portent souvent sur des choses importantes, comme l’obéissance ou la sainteté personnelle. Mais elles versent souvent dans le thérapeutique : comment mieux vivre sa vie.
L’application missionnaire reste soit abstraite (« prions pour les peuples perdus tout là-bas au loin »), soit très concrète (« prenons un avion pour le travail missionnaire »). Aucune des deux n’entre facilement dans le cadre habituel de l’application. Cela tient en partie à la vision simpliste de la missiologie que reçoivent la plupart des diplômés… quand ils en reçoivent une. La nature personnelle et de portée limitée de l’application y contribue aussi.
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À quoi ressemble une prédication missionnaire ?
Merci de poser la question ! Quand Jésus, sur le chemin d’Emmaüs, a ouvert l’esprit des disciples à la compréhension des Écritures, ces derniers ont eu droit à un vaste survol de l’histoire biblique.
« Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » (Luc 24.27, COL)
Un peu plus loin dans le même chapitre :
« Puis il leur dit : C’est là ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous, qu’il fallait que s’accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. Alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures. Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait des morts le troisième jour, et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. » (Luc 24.44-47, COL)
La prédication de Pierre, dans Actes 2, et la prédication d’Étienne dans Actes 6, suivent la même logique : un récit long format du plan rédempteur de Dieu. Cette idée de Dieu qui agit à travers l’histoire pour réconcilier le monde déchu avec lui-même, voilà ce que j’appelle la prédication missionnaire.
Saisir la vue d’ensemble nous préserve de l’obsession des arbres propre à la prédication textuelle. Cela surmonte aussi le biais thérapeutique de la prédication thématique en déployant l’histoire de la grâce de Dieu en notre faveur. L’application change alors de nature : elle porte sur notre raison d’être et elle aide chacun à discerner sa place dans le grand récit.
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Je me souviens d’une nuit d’hiver enneigée, en 1988, dans une salle au sous-sol d’une Église luthérienne du centre de Minneapolis. Ma femme et moi venions de nous inscrire au cours Perspectives. Un pasteur baptiste monte à l’estrade et prêche « L’histoire de sa gloire » : un déploiement de la grâce de Dieu en faveur des nations, de Genèse 3 jusqu’à Apocalypse. Ce pasteur s’appelait John Piper. Ce soir-là, Annette et moi avons compris que nous pourrions jouer un rôle dans ce vaste récit, un rôle plus grand que nous ne l’avions imaginé.
On peut prêcher un sermon textuel ou thématique sur la mission, bien sûr. Cela arrive, mais très rarement. Il y a toujours des exceptions pour me faire mentir. Peu de pasteurs, toutefois, intègrent ce genre de prédication dans leur programme annuel. La glorieuse vue d’ensemble reste dans l’ombre… et laissent le quotient missionnaire de la plupart des congrégations désespérément bas.
La prédication ignore souvent la mission.
- Selon vous, quelle place la mission devrait-elle occuper dans le calendrier de prédication annuel d’une Église locale ?
- Avez-vous déjà vécu ce « déclic » où une prédication a soudainement élargi votre horizon au-delà de vos problèmes personnels vers l’amour de Dieu pour le monde ?
- Comment un pasteur peut-il répondre aux besoins d’accompagnement de ses membres tout en gardant un cap résolument missionnaire dans ses messages ?
Ted Esler, TedQuarters — traduction E2m
Tellement vrai… Et pourtant dès qu’on partage ce que Dieu est en train de faire pour d’ autres nations, les gens sont tellement encouragés et bénis !