Le réveil en Iran derrière les murs de la République islamique

Cet article fait suite à la publication d’un épisode du Reflexio Podcast, épisode 13 (19 mars 2026). Don Little y invite le Dr Mehrdad Fatehi pour nourrir votre vision et plonger au cœur du réveil spirituel en Iran, l’Église qui connaît la croissance la plus rapide au monde : témoignages de persécution, défis de la formation théologique clandestine et lecture spirituelle des crises actuelles. Un outil précieux pour s’informer, prier et se laisser interpeller par ce que Dieu accomplit aujourd’hui.

Réveil Iran – image

Derrière l’écran des actualités sur l’Iran, sous les frappes, le chaos et les incertitudes, une autre histoire se joue, que les caméras ne filment pas. Elle se joue dans des caves et des appartements, dans les chuchotements de ce qui pourrait être le plus grand réveil du 21e siècle.

Un million. C’est l’estimation du nombre de chrétiens vivant actuellement en Iran — dont la grande majorité sont d’anciens musulmans. Dans un pays classé 10e sur la liste mondiale des endroits où il est le plus dangereux d’être chrétien (Portes Ouvertes), c’est un chiffre impressionnant. Peuple sans accès à l’Évangile, l’Iran voit aujourd’hui les barrières tomber. Les chrétiens y sont « forcés de se rencontrer chez eux en petits groupes », traqués par un régime qui a systématiquement fermé toutes les Églises en farsi depuis 2013. Convertir depuis l’islam peut valoir une peine de quinze ans de prison.

Mehrdad Fatehi le sait mieux que quiconque. Pasteur iranien, directeur du Pars Theological Center à Londres, il a coordonné pendant plus de 20 ans la traduction de la Bible complète en farsi. Dans un épisode récent du Reflexio Podcast (19 mars 2026), il décrit depuis l’intérieur ce que beaucoup ignorent : l’Iran est peut-être le pays où l’Église croît le plus vite au monde.

Ça a commencé dans les années 90… et ça ne s’est pas arrêté

Fatehi situe le réveil iranien vers 1990, après l’assassinat de plusieurs prêtres et pasteurs iraniens, quelque chose s’est déclenché. Des communautés de maison ont commencé à germer partout — dans les grandes villes, les petites villes, jusqu’aux villages1. Comme nous l’avons vu pour les chrétiens en Somalie, la persécution ne parvient pas à éteindre la flamme d’une foi authentique.

Des leaders formés sous la pression

Croître vite dans la clandestinité crée un problème concret : former des leaders sans pouvoir ouvrir une école. C’est pour y répondre que le Pars Theological Center a été fondé en 2010, à Londres. L’institut forme actuellement près de 600 étudiants répartis dans 23 pays. 40 à 45 % d’entre eux vivent en Iran. Ils étudient depuis l’intérieur du pays, en ligne, sous pseudonyme. Chaque année, Pars les fait sortir du pays une semaine pour des conférences intensives en Turquie ou à Dubaï, où ils reçoivent une formation théologique solide, vivent la fraternité et se rassemblent en prière en face‑à‑face.

Ce modèle résonne avec l’observation de David Garrison dans Un souffle dans la maison de l’Islam : dans les 82 mouvements de conversion qu’il a documentés dans le monde musulman, les mouvements les plus durables sont ceux qui forment des leaders locaux plutôt que d’importer des cadres étrangers2. Fatehi est en contact direct avec 15 réseaux de communautés de maison en Iran — le plus grand dépasse les 20 000 membres. Ce mouvement autochtone illustre la transition vers la troisième ère des missions, théorisée par Ralph Winter, où les peuples locaux deviennent les principaux acteurs de leur propre évangélisation.

Triple autonomie : quand la mission définit la maturité de nos Églises

La maturité d’une Église ne se résume pas à ses programmes. Les missionnaires ont défini des critères pour valider que l’Église implantée était devenue autonome. Lesquels ? Comment nos Église peuvent évaluer leur propre degré de maturité ?.

Les risques sont réels. Un leader de maison d’Église arrêté peut écoper de quinze ans de prison. Beaucoup sont expulsés de leur travail ou de l’université. Et pourtant, les réseaux continuent de grandir. Fatehi est en contact direct avec quinze réseaux de communautés de maison. Le plus grand dépasse les 20 000 membres.

Une Église qui prie sous les décombres

Le podcast a été enregistré le 19 mars 2026, trois semaines après le début de l’intervention militaire israélo-américaine contre le régime iranien. Fatehi ne fuit pas le sujet. Ce qu’il décrit de la réponse spirituelle de l’Église souterraine est théologiquement dense et saisissant : pas de paralysie, pas de repli. Depuis les massacres des manifestations, ses communautés prient chaque soir. Il n’avait jamais vu ça. Des psaumes d’imprécation (ces prières de l’Ancien Testament qui demandent à Dieu d’intervenir violemment contre l’oppresseur) remontent des maisons clandestines vers le ciel.

Les chrétiens iraniens vivent une tension théologique réelle : aimer ses ennemis et crier justice pour les innocents abattus dans la rue. Ils vivent une tension que Christopher Wright décrit quand il écrit que participer à la mission de Dieu dans un monde brisé, c’est refuser de choisir entre la lamentation et l’espérance3. La Bible tient les deux. L’Église iranienne aussi.

Fatehi voit dans les événements actuels un fil biblique direct : il a prêché sur le thème du jugement de Dieu contre le sang innocent. Il cite le prophète Nahum et la façon dont Dieu a dénoncé Ninive pour son injustice. C’est de la théologie sérieuse appliquée à l’histoire en cours.

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Le plus grand réveil est encore à venir

La nation iranienne est profondément désillusionnée par l’islam d’État. Beaucoup ne cherchent plus Dieu dans la mosquée. Trente ans de République Islamique ont produit un rejet massif de la religion imposée, surtout chez les jeunes. Beaucoup, notamment les jeunes, ont abandonné toute foi. Fatehi croit que si l’Église obtient la liberté de témoigner, un réveil encore plus grand que celui déjà en cours est possible… et qu’il pourrait déborder l’Iran pour toucher toute la région.

Pour préparer ce moment, une World Iranian Christian Alliance vient d’être fondée : 180 leaders de la diaspora iranienne se sont réunis pour la première fois, en mars 2025, décidés à agir ensemble pour la reconstruction spirituelle du pays.

Il y a quelque chose de théologiquement dérangeant dans l’histoire iranienne : l’Église n’a pas grandi malgré la persécution. Elle a grandi avec elle. Les missiologues qui travaillent sur les mouvements dans le monde musulman, de Garrison à Hormoz Shariat, le confirment : la pression externe n’étouffe pas toujours le feu. Parfois, elle l’attise.

Notre histoire dans leur histoire aujourd’hui

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Pour Christopher Wright, entre autres, la bénédiction d’Abraham n’est pas seulement une promesse personnelle, elle est aussi missionnaire : « Je te bénirai […] et tu seras une bénédiction » (Ge 12.2). L’Église persécutée engage notre prière d’intercession et notre solidarité. D’ailleurs, Fatehi, en fin de podcast, donne des points de prière précis :

🙏 Prions pour que le changement de régime aboutisse à une démocratie véritable, pas une simple redistribution du pouvoir.

🙏 Prions pour la liberté de l’Église de témoigner de Jésus-Christ ouvertement dans un Iran qui se reconstruit.

🙏 Prions pour la World Iranian Christian Alliance : que cette unité tienne, et que des responsables formés soient prêts pour l’ouverture qui vient.

L’Iran n’est pas un pays fermé à l’Évangile. C’est peut-être l’endroit au monde où il brûle le plus fort. Dans le noir, pour l’instant. Pas pour longtemps.

(Illustrations : Gemini.)

Réveil Iran – infographie

Mini-bibliographie

Références citées dans l’article

Lectures complémentaires recommandées

  • WRIGHT, Christopher J. H. The Mission of God’s People. Grand Rapids : Zondervan, 2010. 293 p. La suite pratique de La Mission de Dieu pour interroger notre statut : qui sommes-nous et pourquoi sommes-nous là ?
  • GARRISON, V. David. Church Planting Movements : How God Is Redeeming a Lost World. Midlothian (VA) : WIGTake Resources, 2004. 272 p. Le manuel de référence sur les mouvements de multiplication d’Églises, dont les principes éclairent directement l’Église iranienne.
  • SHARIAT, Hormoz. Iran’s Great Awakening. [Article/Ministère]. Disponible à l’adresse : https://iraniansoul.com — Témoignage de celui que certains appellent “le Billy Graham de l’Iran”, sur le réveil en cours.
  1. C’est ce que David Bosch appelait la missio Dei : non pas l’Église qui part en mission, mais Dieu lui-même qui est en mouvement, et qui invite son Église à le rejoindre là où il travaille déjà. Dans son ouvrage de référence, il écrit que la mission n’appartient pas à l’Église, elle appartient à Dieu, et l’Église y participe. L’Iran en est une illustration saisissante. Voir David BOSCH, Dynamique de la mission chrétienne, en particulier p. 8-11 (nature missionnaire de l’Église et missio Dei) et p. 369-393 (éléments du paradigme missiologique émergent). ↩︎
  2. Voir chap. 4 « Le couloir persan » sur les mouvements en Iran, et chap. 11–12 sur les facteurs communs aux mouvements durables (par ici, une revue du livre). ↩︎
  3. WRIGHT Christopher, La Mission de Dieu, Excelsis, 2012 ↩︎

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