En déclarant que « tout est mission », nous trouvons une excuse théologique pour ne jamais quitter notre zone de confort !
A.1Notice bibliographique
1. Identification de l’ouvrage
| Titre complet | When Everything Is Missions: Recovering the Gospel-Driven, Church-Centered Mission |
| Auteurs | SPITTERS, Denny ; ELLISON, Matthew |
| Éditeur | BottomLine Media (une marque de Pioneers-USA) |
| Année | 2017 |
2. Caractéristiques Techniques
| ISBN | 978-0-9899545-4-9 |
| Pagination | Environ 144 pages (incluant les notes de fin) |
| Langue | Anglais (États-Unis) |
3. Contenu et classification
| Genre | Essai théologique – Missiologie |
| Mots-clés | Missiologie ; mandat missionnaire ; Église locale ; Évangélisation ; Théologie pratique. |
| Résumé | « Si tout est mission, alors rien n’est mission » (S. Neill). À force d’appeler « mission » toute notre action sociale, notre évangélisation locale, nos projets humanitaires, aussi honorables soient-ils, nous diluons sans le vouloir le mandat le plus exigeant de l’Écriture : faire des disciples parmi des peuples pour lesquels personne ne part, personne n’implante, personne ne proclame. À travers sept questions décisives sur le mandat biblique, les motivations et le rôle de l’Église locale, les auteurs offrent aux leaders une boussole pour retrouver le cap. |
| Indice Dewey | 266.001 (Missions — Philosophie et théorie) |
La thèse est lapidaire : Si tout est mission, rien n’est mission. L’élargissement de la définition de « mission » pour inclure toute activité de l’Église (évangélisation locale, aide sociale, éducation) entraîne inévitablement l’abandon du mandat missionnaire : l’envoi d’ambassadeurs pour implanter l’Église là où Christ n’est pas encore nommé.
A.2Les auteurs en quelques lignes
Denny Spitters : vice-président des partenariats d’Églises pour Pioneers USA, expert en implantation d’Églises.
Matthew Ellison : président de Sixteen:Fifteen, coach en missions, spécialisé dans la transition des Églises vers un engagement global proactif.
B.1Structure de l’œuvre | Chapitre par chapitre
- Chapitre 1 — Nos définitions importent-elles ?Ce chapitre pose la fondation logique. Le relativisme sémantique postmoderne est le poison de la missiologie. Sans précision de langage, l’obéissance devient impossible. La précision est le rempart de la vérité. Le manque de clarté crée un « brouillard sur les bancs » d’Églises. L’erreur d’Édimbourg (1910) a montré que refuser de définir la mission mène à sa dissolution.
- Chapitre 2 — Quelle est notre mission ?Distinction cruciale entre Missio Dei (tout ce que Dieu fait), Mission (le mandat global de l’Église) et Missions (l’effort spécifique de traverser des barrières culturelles pour faire des disciples). Critique de Christopher Wright pour avoir trop élargi la définition au détriment de l’implantation d’Églises.
- Chapitre 3 — Pourquoi sommes-nous impliqués ?Examen des motivations profondes. Ce n’est pas une question de charité, mais de gloire divine et d’urgence eschatologique (réalité de l’enfer). Quatre piliers : le cœur de Dieu pour les nations, le salut exclusif en Jésus, la santé de l’Église locale, et la récompense de l’Agneau.
- Chapitre 4 — Chaque chrétien est-il un missionnaire ?Déconstruction du slogan populaire. Les auteurs affirment que si tout le monde est missionnaire, le rôle spécifique de l’apôtre (l’envoyé pionnier) disparaît. Tout chrétien est un témoin, mais le missionnaire traverse des frontière vers les « sans-accès ».
- Chapitre 5 — Comment les missionnaires sont-ils envoyés ?Recentrage sur l’Église locale comme centre névralgique de l’envoi (Actes 13). La mission n’est pas une affaire individuelle entre un candidat et le Saint-Esprit, mais requiert une confirmation communautaire (modèle d’Antioche).
- Chapitre 6 — Et alors ? Quel est l’enjeu ?Conséquences concrètes de la mauvaise théologie : cas de Mars Hill (fonds détournés) et le leurre du « missionnaire autochtone » (externalisation par confort). Envoyer de l’argent plutôt que ses propres enfants appauvrit l’Église.
- Chapitre 7 — Et maintenant ?Appel à la repentance. Refus du « séquentialisme » (Jérusalem puis les nations). Le mandat est simultané. Nécessité de « mobilisateurs » pour réveiller les pompiers endormis.
B.2Pertinence pour un Master et pistes académiques
Denny Spitters (VP chez Pioneers USA) et Matthew Ellison (président de Sixteen:Fifteen) sont des praticiens reconnus dans la mobilisation d’Églises. L’ouvrage est recommandé par des missiologues de renom comme Gary Corwin (SIM/EMQ) et Marvin Newell (Missio Nexus).
Le livre défend une position « prioritiste » (priorité à l’évangélisation et l’implantation d’Églises) contre le « holisme » qui placerait l’action sociale au même niveau que la proclamation. Il remet en question la validité théologique de l’approche « delta » de Wright.
Le livre s’inscrit dans la continuité de la pensée de Ralph Winter sur les « peuples » (ethnê) et de la théologie de John Piper sur la gloire de Dieu comme moteur de la mission. Il s’oppose à la déconstruction de la mission proposée par David Bosch en affirmant que la Bible offre un cadre cohérent et prescriptif (Actes 13) plutôt que de simples « approximations ».
B.3Potentiel de thèse et cadre critique
Idéale pour un mémoire traitant de la mobilisation missiologique de l’Église locale ou de la tension sémantique dans la missiologie évangélique contemporaine.
Justification : le livre offre un contre-argument solide aux courants « missonnels » radicaux (McLaren, Hirsch) qui tendent à désacraliser le rôle spécifique du missionnaire transculturel.
Questions sans réponse
Comment cette vision « prioritiste » s’adapte-t-elle concrètement dans des contextes de « mission créative » (pays fermés) où l’action sociale est parfois la seule porte d’entrée légitime ?
Applications et limites
Applications : réévaluation des budgets de mission en Église locale ; formation des comités de mission pour distinguer « ministère » et « mission ».
Limites : risque de binarité excessive (si ce n’est pas vers un PSAE, ce n’est pas de la mission) qui peut décourager les initiatives locales légitimes. Manque de perspectives issues des Pays du Sud.
B.4Les murs à abattre
| Obstacle | Description | Vision proposée |
| Séquentialisme | Croire qu’il faut évangéliser sa ville avant d’aller au bout du monde. | Une obéissance simultanée (Jérusalem ET les nations). |
| Proxy Wars (combats par procuration) | Envoyer de l’argent à des « autochtones » pour éviter de sacrifier nos propres membres. | L’Église locale reprenant son rôle de parent spirituel qui envoie ses meilleurs éléments. |
| Inflation sémantique | Appeler « mission » le fait de ranger des chaises ou de faire du social. | Une précision chirurgicale qui protège la priorité des peuples sans accès. |
B.5Carte mentale
C.1Un débat en dialogue (±4 min)
C.2Entrées en matière et opinions
« Saviez-vous que 99 % de nos ressources missionnaires sont dépensées là où l’Évangile est déjà présent ? »
« J’ai été choqué : appeler chaque chrétien “missionnaire” est peut-être la pire chose qui soit arrivée au grand ordre de mission. »
« Si être “missionnel”, cela signifie que notre budget reste à 100 % local, nous sommes en train de faire de l’auto-promotion théologique ! »
La mission n’est pas une question de gentillesse sociale, c’est une invasion de lumière dans des ténèbres où Christ est totalement inconnu.
Le danger de ce livre est de créer des chrétiens de seconde zone. Mais son mérite est d’arrêter l’hémorragie des ressources vers le confort.
C.3Lexique et métaphore
| Séquentialisme | L’erreur de penser la mission par étapes successives au lieu de simultanées. |
| Mission par procuration | Externaliser le sacrifice en payant des nationaux au lieu d’envoyer nos membres. |
| La récompense de l’Agneau | La motivation ultime : que l’Agneau reçoive la récompense de ses souffrances. |
Imaginez un hôpital où 95 % des médecins s’occupent de patients qui ont un rhume dans la salle d’attente, pendant qu’au fond du couloir, des milliers de gens meurent d’une hémorragie parce que personne ne veut marcher jusque là-bas. C’est l’état actuel des missions mondiales.
C.4Réception et recensions
L’ouvrage est accueilli comme une « douche froide nécessaire » par Kevin DeYoung. Il est devenu une référence pour les Églises cherchant à sortir du narcissisme ecclésial. Il est validé par des figures comme Gary Corwin (SIM/EMQ) et Marvin Newell (Missio Nexus).
C.5Partagez votre avis
Cet ouvrage est un document « actif » de première nécessité. Il ne doit pas être traité comme une archive dormante, mais comme un outil de formation. Il jette un pont direct avec les sciences sociales (Dewey 300) pour articuler « proclamation » et « démonstration ».