Peuples « non atteints » ou « sans accès à l’Évangile » ? Les mots ne sont pas neutres
Dans la missiologie évangélique francophone, l’expression « peuples non atteints » (unreached people groups), utilisées dans les milieux académiques, est délaissées par les praticiens de la mission qui leur préfèrent « peuples sans accès à l’Évangile » (PSAE). Ces expressions révèlent des enjeux théologiques, linguistiques et stratégiques majeurs pour la manière dont l’Église comprend et pratique la mission aujourd’hui. Limites linguistiques et théologiques Virus occidental et peuples « ciblés » Le langage missionnaire est un aspect important et délicat de notre tâche (Bosch, p. 5, 22, Love). Nous voulons qu’il reflète la nature libératrice et non oppressive de l’Évangile. Contrairement à l’anglais unreached people groups qui véhicule une connotation plutôt positive (l’idée de « gagner » ou de « rejoindre »), le participe « atteint », en français, évoque la maladie – cancer, virus – voire la folie. Le verbe renvoie aussi à la chasse ou la guerre : on « atteint », on est « atteint en plein cœur » par une balle. Malaise sur le terrain : nous ne voulons pas que les peuples se sentent « visés », mais qu’ils accueillent l’amour de Dieu. Ces images renforcent les méfiances postcoloniales et contredisent notre invitation à se réconcilier avec le Créateur. Nous rejetons …